Sud et plages
Trois sud en un : la plage de Ngapali, les pitons karstiques de l'État Karen autour de Hpa-an, et l'archipel Mergui aux 800 îles peu fréquentées.
Le sud de la Birmanie forme une bande étirée sur plus de 1 200 kilomètres, entre la baie du Bengale à l'ouest et la mer d'Andaman au sud-est. Nous y travaillons trois zones distinctes, qui ne se ressemblent en rien : la plage de Ngapali dans l'État Rakhine, les paysages karstiques de l'État Karen autour de Hpa-an et Mawlamyine, et l'archipel Mergui (Myeik) tout au sud, face à la Thaïlande. Chacune répond à une logique de voyage différente, et il est rare de combiner les trois sur un même séjour.
Ngapali, accessible en vol depuis Yangon en 55 minutes, aligne sept kilomètres de sable blanc bordés de cocotiers, ponctués par les villages de pêcheurs de Gyeiktaw, Lintha et Myabyin. Les barques en teck rentrent à l'aube, et les étals du marché de Thandwe affichent calamars, crevettes tigrées et poissons-perroquets vendus à la criée. La station vit au rythme de la saison sèche, d'octobre à mai. Pendant la mousson du sud-ouest, de juin à septembre, la quasi-totalité des hôtels ferme et les vols intérieurs deviennent rares.
L'État Karen, autour de Hpa-an, offre un tout autre registre. Le mont Zwegabin (722 m) domine une plaine rizicole traversée par la rivière Thanlwin (Salouen), l'un des derniers grands fleuves d'Asie encore libre de barrages sur son cours moyen. Les grottes calcaires y abritent des sanctuaires bouddhiques actifs : Sadan, traversée à pied sur 800 mètres puis en barque côté sud ; Kawgun, dont les parois sont couvertes de plus de 2 000 tablettes votives du VIIe siècle ; Kyauk Ka Lat, monastère perché sur un piton émergé d'un lac. À Mawlamyine, ancienne capitale de la Birmanie britannique entre 1826 et 1852, les maisons coloniales, les mosquées et les pagodes témoignent d'un brassage rare : ici cohabitent Birmans, Karen, Môn, Indiens musulmans et hindous, communautés sino-birmanes.
Plus au sud, la région du Tanintharyi et l'archipel Mergui couvrent quelque 800 îles dispersées sur 36 000 km² de mer d'Andaman. Le point d'accès est Kawthaung (ex-Victoria Point), à l'extrême pointe, ou Myeik plus au nord. Les Moken, peuple austronésien de la mer, vivent encore une partie de l'année sur leurs kabang, embarcations en bois où naissent et meurent des familles entières. Leur nombre se réduit (autour de 2 000 à 3 000 personnes côté birman) et les jeunes générations se sédentarisent progressivement dans des villages comme Bo Cho ou Nyaung Wee. Les croisières, en goélette ou en bateau de pêche reconverti, suivent un itinéraire libre entre récifs, mangroves et plages désertes.
La cuisine du sud reflète cette diversité côtière. À Mawlamyine, on goûte le mohinga (soupe de nouilles au poisson) considéré comme l'un des meilleurs du pays, ainsi que le htamin jin, riz fermenté pétri à la main et servi avec friture d'ail. Côté Ngapali, les restaurants de plage proposent du barracuda grillé et le tha yet thi thoke, salade de mangue verte au piment et cacahuètes. Dans l'archipel, les repas se composent presque exclusivement de ce que les pêcheurs remontent le matin.
Économiquement, le sud reste structuré autour de la pêche, de l'hévéa (l'État Karen et le Tanintharyi concentrent l'essentiel de la production birmane), de la noix de bétel et de quelques mines d'étain dans l'arrière-pays de Dawei. Le tourisme y est plus discret qu'à Bagan ou Inle, ce qui explique en partie son intérêt pour les voyageurs qui cherchent à sortir du circuit classique.
À découvrir
Sept kilomètres de plage à Ngapali. Sable blanc et cocotiers entre les villages de pêcheurs de Lintha et Gyeiktaw, avec retour des barques à l'aube et marché aux poissons à Thandwe.
Pitons karstiques autour de Hpa-an. Ascension du mont Zwegabin (722 m) au lever du jour, traversée de la grotte de Sadan à pied puis en barque, et halte au monastère insulaire de Kyauk Ka Lat.
Croisière dans l'archipel Mergui. Quatre à sept nuits en goélette parmi 800 îles inhabitées, rencontre possible avec les familles Moken encore semi-nomades sur leurs kabang.
Mawlamyine et l'héritage colonial môn. Promenade entre les maisons en teck des années 1880, la pagode Kyaikthanlan chantée par Kipling, et arrêt à la grotte-monastère de Hpa Pu sur la Thanlwin.
Marché matinal de Thandwe. À 11 km de Ngapali, l'un des marchés rakhine les plus actifs : poissons séchés, balachaung (condiment aux crevettes), et tissus locaux à motifs.
Quand y aller
La saison utile pour l'ensemble du sud court de fin octobre à mi-avril. À Ngapali, les hôtels rouvrent autour du 1er octobre et ferment quasi tous entre mi-mai et fin septembre : la mousson du sud-ouest y déverse plus de 4 500 mm de pluie annuels, concentrés sur ces quatre mois, et la mer devient impraticable. Les températures de saison sèche oscillent entre 24°C la nuit et 32°C en journée, avec une mer à 27-28°C. Mars et avril sont les plus chauds, jusqu'à 35°C.
Dans l'État Karen et autour de Hpa-an, la fenêtre est plus large : de novembre à février, les températures restent confortables (18 à 30°C) et les rizières virent au jaune doré en décembre. La mousson, ici aussi intense, rend les pistes secondaires impraticables entre juin et septembre. Pour l'archipel Mergui, les croisières opèrent strictement d'octobre à fin avril ; au-delà, la houle d'Andaman ferme la zone. Les meilleurs mois sont février et mars, mer plate et visibilité sous-marine optimale.
Conseils pratiques
Comptez 3 nuits minimum à Ngapali pour profiter de la plage sans précipitation, accessible par vol direct depuis Yangon (KBZ ou Myanmar Airways, environ 55 minutes). Pour la zone Hpa-an / Mawlamyine, prévoyez 3 à 4 jours : la route depuis Yangon prend 6 à 7 heures via Bago, ou 45 minutes de vol jusqu'à Mawlamyine. L'archipel Mergui demande un engagement plus long : 4 nuits de croisière au minimum, idéalement 6 ou 7, depuis Kawthaung accessible par vol via Yangon avec une escale à Dawei.
Ngapali se combine bien en fin de circuit après Bagan et Inle, comme parenthèse balnéaire. Hpa-an s'articule naturellement avec Yangon en boucle terrestre. Mergui, plus exigeant logistiquement et financièrement, s'adresse aux voyageurs qui disposent de 18 jours ou plus sur la Birmanie et acceptent un confort simple à bord. Le sud convient aux couples cherchant calme et plage, aux contemplatifs en quête de paysages karstiques, et aux voyageurs aguerris attirés par le hors-piste maritime. Moins adapté aux familles avec jeunes enfants pour la partie croisière, en raison des trajets longs et de l'absence de structures médicales sur les îles.


